Les imprimantes 3D dentaires sont devenues plus accessibles, les résines se multiplient et les indications aussi. Guide chirurgical, gouttière occlusale, provisoire, modèle, mock-up, voire désormais certaines restaurations définitives : sur le papier, la liste des objets qu’un cabinet peut produire lui-même ne cesse de s’allonger.
Mais pouvoir imprimer n’est pas encore une raison suffisante pour imprimer.
La vraie question est ailleurs : à partir de quel niveau d’activité l’internalisation apporte-t-elle réellement quelque chose au cabinet ?
Le prix de l’imprimante n’est que la partie visible
Raisonner sur le seul coût de la machine est trompeur. Une chaîne d’impression 3D comprend aussi le logiciel et la préparation des fichiers, les résines adaptées à chaque indication, le lavage, la post-polymérisation, les consommables, la finition, l’entretien et, surtout, du temps humain.
Ce dernier est souvent sous-estimé. Contrairement à l’usinage d’un bloc, la pièce qui sort de l’imprimante n’est généralement pas prête à être utilisée. Retrait des supports, lavage, séchage, post-polymérisation puis éventuellement finition constituent de véritables étapes de fabrication. Une revue consacrée au post-traitement souligne d’ailleurs que ces opérations restent en partie manuelles et peuvent représenter une part significative du coût global de production.
Et ce post-traitement n’est pas une simple formalité technique.
Une petite unité de production dans le cabinet
Lavage et post-polymérisation participent directement aux propriétés finales du dispositif : précision dimensionnelle, propriétés mécaniques et biocompatibilité. Une revue systématique publiée dans le Journal of Prosthetic Dentistry1 rappelle notamment que, même lorsqu’une résine bénéficie des validations requises, le respect du protocole de post-traitement recommandé par son fabricant reste déterminant.
Plus récemment encore, une revue systématique portant sur 38 études2 a montré que durée, température, solvant et technique de lavage peuvent modifier les propriétés de la pièce imprimée. Elle constate également l’absence d’un protocole universel applicable à tous les couples matériau-imprimante-dispositif.
Autrement dit, installer une imprimante revient moins à ajouter un périphérique informatique au cabinet qu’à y introduire une petite chaîne de fabrication.
Et c’est probablement là que doit commencer la réflexion.
Internaliser ce qui apporte réellement quelque chose
L’intérêt devient beaucoup plus évident lorsqu’une impression répond à un besoin fréquent, reproductible et sensible au délai.
Un guide chirurgical nécessaire rapidement, une gouttière à refaire, un provisoire à reproduire à partir d’un fichier conservé ou un modèle utile à une étape clinique peuvent justifier le circuit court. La valeur de l’impression chairside ne réside alors pas uniquement dans le coût unitaire de l’objet : elle réside aussi dans la maîtrise du délai et dans la capacité à produire ou reproduire à la demande.
À l’inverse, une imprimante utilisée occasionnellement peut transformer un acte auparavant externalisé en une succession de petites tâches internes : préparation, production, contrôle, nettoyage et maintenance. L’économie apparente doit alors être mise en regard du temps réellement mobilisé au cabinet.
Le raisonnement pertinent n’est donc probablement pas :
« Combien coûte l’objet si je l’imprime moi-même ? »
mais :
« Combien me coûte réellement le workflow complet pour obtenir un dispositif utilisable en bouche ? »
Alors, faut-il s’équiper ?
Il n’existe pas de seuil universel. Il dépend des indications pratiquées, du nombre de dispositifs produits, de l’organisation du cabinet et de ce qui est aujourd’hui confié au laboratoire.
Mais une règle simple peut guider la réflexion : ne pas acheter une imprimante pour ce qu’elle sait théoriquement fabriquer, mais pour ce que le cabinet sait déjà qu’il va régulièrement lui demander.
L’impression 3D devient particulièrement pertinente lorsque trois conditions se rencontrent : une indication suffisamment récurrente, un bénéfice réel à raccourcir le circuit de fabrication et une organisation capable d’absorber le workflow sans déplacer la charge de travail ailleurs.
La question n’est finalement plus de savoir si l’impression 3D a sa place au cabinet. Elle est de déterminer quelles productions méritent réellement d’y entrer.
Et c’est précisément là que commencent nos 4 indications qui valent le coup.
REFERENCES
1- Cabrol A, Chuy V, Fron-Chabouis H, Naveau A. Effectiveness of postprocessing on 3D printed resin biocompatibility in prosthodontics: A systematic review. The Journal of Prosthetic Dentistry. 2025;134(5):1688-1700.
DOI: 10.1016/j.prosdent.2024.08.014
2- Wang X, Aarts JM, Heng NCK, Cameron AB, Choi JJE. Influence of different post-washing parameters on the properties of additively-manufactured dental devices – A systematic review. Journal of Dentistry. 2026;165:106315.
DOI: 10.1016/j.jdent.2025.106315


