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Les causes profondes du burnout en odontologie et la déformation universitaire

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On identifie communément la profession de chirurgien-dentiste comme étant l’une des professions libérales tous secteurs d’activités confondus la plus sensible aux symptômes du burnout. Or, force est de constater que ce ne sont absolument pas les compétences cliniques et exclusives de soins qui sont directement responsables de l’émergence des signes de cette pathologie. La gestion de l’environnement professionnel de l’odontologiste de manière générale, c’est-à-dire la déclinaison des compétences transversales de gérance, management et organisation, est la cause principale directe et indirecte des faiblesses psychologiques des praticiens en exercice.

La formation initiale en question : autonomie décisionnelle et intellectuelle du futur odontologiste

Il faut remonter aux origines de la formation des dentistes pour comprendre l’extrême sensibilité des praticiens au stress et les graves difficultés qu’ils rencontrent lorsqu’ils se trouvent confrontés à des problèmes majeurs de gestion humaine, d’organisation ou de communication. La finalité pédagogique du 3ème cycle est pourtant fièrement et clairement assignée : rendre autonome le chirurgien-dentiste dans l’exercice de ses soins. Or, la profession de chirurgien-dentiste, toutes professions médicales confondues, est sans aucun doute celle qui pâtit des contraintes administratives, fiscales, sociales, matérielles et humaines les plus lourdes. Dentiste, Manager et Gérant sont dès lors indissociables. Nos futurs odontologistes sont-ils préparés durant leurs études à appliquer des principes et des méthodes fiables et éprouvés de gouvernance ou de management, qu’il s’agisse de la gestion de la relation hiérarchique à un employé (patron : donner des ordres) ou à un patient (clinicien : éclairer le consentement du patient) ?

Il suffit d’analyser le contenu des programmes pédagogiques de fin de cycle de la plupart des UFR d’odontologie et Facultés de Médecine dentaire pour constater à quel point les étudiants sont livrés à eux-mêmes s’agissant de la gestion stratégique de leur futur environnement professionnel, au point que de moins en moins de jeunes dentistes imaginent franchir le cap de l’exercice individuel, comme s’il s’agissait d’un défi devenu impossible à relever. Jetons également un coup d’œil sur l’évolution alarmante de la démographie professionnelle en dentisterie : les écarts se creusent entre l’exercice urbain et rural au détriment bien entendu du dernier, alors même que les conditions de vie personnelle et professionnelle des dentistes sont parfois bien plus profitables et confortables à la campagne et en “banlieue” plutôt qu’à la ville.

Mais comment les étudiants en odontologie peuvent-ils même le concevoir si on ne leur donne pas à réfléchir sur la situation contemporaine et pratique des dentistes en exercice ?

Les recommandations officielles de l’ADA et ADEE : stratégies de gouvernance et gestion RH

Les textes officiels de l’ADEE sont sans aucune ambiguïté quant à la nécessité de former le futur odontologiste dès les premières années d’études aux principes de gérance d’un cabinet et de management d’une équipe dentaire. Ensuite, les recommandations, on décide de les suivre ou non.

En la matière, force est de reconnaître que les Facultés de médecine dentaire pâtissent d’une lourdeur administrative incommensurable et d’une latence décisionnelle parfois opaque, sans compter la nécessaire refonte des programmes qui n’en finit pas suite aux récents accords de Bologne. Les notions même de “gouvernance” et de “management” ne sont fort probablement pas les fonctions qui leur sont le plus familier.

Alors, pensez-vous donc : enseigner à un futur odontologiste à prendre les meilleures décisions dans le cadre de la gestion prévisionnelle et stratégique de son exercice professionnel est loin d’être un impératif pédagogique. En lieu et place de cours et d’enseignements dirigés en “stratégie d’organisation du cabinet dentaire”, des cours abscons de gestion sont prodigués : non pas des cours de “management”, mais des cours de comptabilité et de fiscalité.

Demandez-donc aux étudiants ce qu’ils vont bien en faire de ces théories et pratiques administratives complexes qui sont finalement l’apanage d’autres professions réglementées, comme celles d’experts-comptables. Ne devrait-on pas plutôt apprendre à un futur dentiste à ne surtout pas gérer sa propre comptabilité, mais à la déléguer à des professionnels compétents ? A chacun son métier, non ?

Les conditions de l’autonomie du futur odontologiste : apprendre à déléguer

La capacité de délégation n’est-elle pas finalement l’une des compétences de management qui fait le plus défaut aux chirurgiens-dentistes ? Si l’on s’en tient aux statistiques françaises de l’AGAPS et OMPL, 30% de praticiens exercent encore en solo en France. Si c’est un choix personnel, après tout, comment serions-autorisés à porter un jugement sur la pratique de l’exercice odontologique en solitaire ? Par contre, si c’est un choix par défaut, à savoir pour des raisons financières, managériales ou organisationnelles, aucun argument généralement invoqué ne résiste à l’épreuve des (bien)faits de l’exercice individuel en équipe. En effet, nombre de praticiens croulant sous les charges administratives et logistiques (sans assistante, ajoutez 15 à 20 heures de travail hebdomadaire) prétextent la difficulté de gérer du personnel, de le former, de le motiver et de le fidéliser, et puis, “si c’est pour que l’assistante nous quitte à la fin de sa formation, à quoi bon ?”.

Le management ne s’adresse d’ailleurs pas exclusivement à la gestion de la relation à l’employé, mais au patient : présenter et argumenter un plan de traitement afin d’éclairer le consentement du patient ne sont-elles pas des compétences stratégiques de communication qui conduisent à lui déléguer d’immenses responsabilités, telle que celle de refuser la proposition thérapeutique du soignant ? Le dentiste doit aussi apprendre à gérer les relations professionnelles à ses fournisseurs (laboratoire, industries, prestataires) et correspondants de santé. “Déléguer” est sans aucun doute la compétence de base à maîtriser parfaitement pour un odontologiste contemporain. Il ne saurait suffire d’en avoir la simple capacité.

L’enseignement du management en dentisterie : une question de santé publique

Quand l’exercice des fonctions de management, d’organisation et de communication finit par représenter pour le dentiste une contrainte, plutôt que la condition même de sa liberté et de son autonomie décisionnelle, alors la situation empire et se dégrade inexorablement.

Des états d’âme, des sautes d’humeur, une mauvaise réceptivité à la critique, une hypersensibilité aux situations de stress et d’incertitude, une irascibilité montante, une émotivité débordante et contradictoire (alternance de phases d’optimisme exacerbé et de pessimisme plombant) : rien de bien grave, apparemment, lorsque ces situations sont vécues dans un cadre privé. Lorsqu’elles se manifestent dans un cadre professionnel et quand elles sont subies par son entourage (collaborateurs, assistantes, patients), les répercussions de ces changements intempestifs d’état psychologique ne sont pas du tout les mêmes et les conséquences sont bien plus délétères en situation réelle de travail.

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A propos de l'auteur

Rodolphe COCHET

Fondateur de Dental RC : www.dental-rc.com (coaching managérial & accompagnement des équipes dentaires)
Chargé de cours* en organisation des cabinets dentaires à l'Université de Paris Odontologie (fusion Paris V & VII) et Évry

La philosophie de Dental RC : "Replacer l'humain au coeur de la gestion du cabinet dentaire et de l'environnement professionnel des chirurgiens-dentistes et orthodontistes"

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