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Votre patrimoine a-t-il été construit pour vos projets ou par vos habitudes ?

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Au fil d’une carrière, les décisions patrimoniales s’accumulent. Encore faut-il que les placements constitués hier répondent aux besoins de demain.

Un patrimoine constitué par empilement

La fin du remboursement de l’emprunt d’installation constitue, pour beaucoup de praticiens, le moment où la capacité d’épargne augmente sensiblement sans que l’organisation du patrimoine ait nécessairement été réexaminée.

Au fil des années, un contrat d’assurance-vie ouvert lors de l’installation, un investissement immobilier, une épargne retraite, des parts dans la société civile de moyens du cabinet ou encore des liquidités accumulées peuvent ainsi coexister. Chacune de ces décisions peut avoir répondu à une préoccupation précise au moment où elle a été prise.

La difficulté apparaît lorsque ces choix ne sont plus regardés ensemble. La question n’est alors plus seulement de savoir si chaque placement est pertinent pris isolément, mais de déterminer à quoi chaque part du capital doit servir, pour qui et à quelle échéance.

Cette absence de vision d’ensemble peut conduire à deux situations opposées : une partie du capital est immobilisée alors qu’une certaine souplesse serait nécessaire ; une autre reste disponible alors qu’aucun projet ne justifie cette liquidité.

Un praticien peut, par exemple, envisager le rachat des parts de son associé à un horizon de quelques années, alors que l’essentiel de son épargne a été orienté vers une enveloppe retraite. Les fonds sont bien constitués, mais ils ne sont pas mobilisables pour cette opération : les cas de sortie avant l’échéance sont limitativement énumérés par l’article L. 224-4 du code monétaire et financier, et un projet professionnel n’en fait pas partie. L’enveloppe n’est pas en cause : elle répond simplement à un autre objectif.

À l’inverse, des liquidités peuvent rester disponibles pendant plusieurs années sans projet identifié. Cette situation n’est pas nécessairement problématique : la liquidité conserve une valeur propre, celle de préserver une capacité de décision. La différence tient alors à l’intention : une liquidité choisie constitue une décision ; une liquidité subie peut simplement traduire un projet qui n’a jamais été défini.

Disponibilité, risque, rendement : trois qualités distinctes

Un placement peut présenter certaines qualités sans répondre au besoin auquel le capital est destiné.

La disponibilité répond à la question de l’accès aux fonds lorsque ceux-ci sont nécessaires. Le risque concerne la possibilité d’une variation de valeur avant cette échéance. Le rendement correspond à la rémunération recherchée en contrepartie des contraintes et du risque acceptés.

Ces dimensions ne se confondent pas. Un capital destiné à un projet proche ne peut pas être pensé de la même manière qu’un capital dont l’horizon est lointain, même si les deux appartiennent au même patrimoine.

L’horizon d’investissement ne correspond donc pas à une préférence personnelle ou à un degré de patience. Il désigne la date à partir de laquelle les fonds peuvent être nécessaires. Un placement conçu pour le long terme cesse ainsi de répondre à sa fonction lorsqu’il doit être liquidé prématurément.

Ce que change la définition de l’objectif

Une même épargne peut répondre à plusieurs fonctions.

Une première part peut être destinée à un projet dont l’échéance est connue. La contrainte principale devient alors la capacité à disposer des fonds au moment voulu.

Une deuxième peut avoir pour objectif la constitution d’un complément de revenus après la cession de la patientèle. L’échéance étant plus lointaine, les contraintes ne sont pas de même nature : une variation de valeur en cours de période n’emporte pas les mêmes conséquences dès lors qu’aucune cession n’est imposée à une date donnée.

Une troisième peut être destinée aux enfants, sans échéance déterminée. Le rendement n’est alors qu’une composante parmi d’autres : le cadre de détention et les conditions dans lesquelles la transmission interviendra prennent également leur importance.

Trois parts d’un même capital peuvent ainsi répondre à trois logiques distinctes. La contrainte déterminante n’est donc pas le montant investi, mais la fonction assignée à chaque part du capital.

Repenser avant de replacer

Les étapes d’une carrière libérale sont, pour l’essentiel, prévisibles : association, rachat de parts, acquisition des murs professionnels, évolution de la structure d’exercice, cession de la patientèle ou préparation de la retraite.

Chacune peut modifier les besoins et, avec eux, la fonction attribuée à une partie du patrimoine. Il n’existe donc pas de réponse universelle à la question du placement : la réflexion commence par les projets et leur échéance, avant de conduire au choix des supports.

Trois questions peuvent alors permettre de reprendre le fil :

  • Quelle part de mon épargne peut m’être nécessaire dans les cinq prochaines années, et se trouve-t-elle placée en conséquence ?
  • Suis-je en mesure d’expliquer la présence de chaque ligne de mon patrimoine autrement que par la date à laquelle elle a été souscrite ?
  • Si je devais aujourd’hui reconstruire mon patrimoine à partir de mes projets actuels, ferais-je les mêmes choix ?

Lorsque la réponse à cette dernière question est négative, le réexamen porte d’abord sur la définition des objectifs, et non sur le choix des supports.

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