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Je participais récemment à un débat sur Internet dont le thème était : « L’assistante dentaire : Luxe ou nécessité ? ». Bien qu’aucune étude précise ne puisse le confirmer, la plupart des intervenants étaient d’accord sur le fait qu’approximativement 50% des praticiens français travaillaient sans assistante. Certains participants semblaient surpris qu’aussi peu de confrères aient compris l’intérêt de travailler avec une assistante. Mon sentiment est différent de celui-là. En effet, au-delà du risque de la culpabilisation des praticiens travaillant seuls que présente cette interprétation, il me semble que la vraie question est ailleurs.

En effet, je crois qu’il s’agit d’une évidence de dire que l’exercice actuel avec une assistante est une nécessité absolue ne serait-ce qu’en terme d’hygiène et d’asepsie, ou de contraintes administratives. Et, je suis convaincu qu’une très grande majorité des praticiens, y compris parmi ceux qui travaillent seuls, connaissent pertinemment les avantages du travail en équipe. Cependant, la vraie question à se poser est la suivante : « Dans ce cas, pourquoi ne recrutent-ils pas ? » La réponse à cette question est loin d’être évidente tant les paramètres peuvent être nombreux et certains très subtils. Il s’agit à mes yeux d’un problème complexe et l’on doit se méfier des solutions simplificatrices.

Des raisons économiques

Tout d’abord, le motif économique semble être le principal. Il est vrai qu’il s’agit d’un obstacle majeur en raison des charges sociales pesant sur les salaires. Cependant nous savons tous que si l’on raisonne en terme d’investissement et non pas en terme de dépenses, cet argument ne tient pas. Alors quelles sont les vraies contraintes économiques ?

L’intégration d’une assistante, même expérimentée (a fortiori si elle ne l’est pas), prend du temps avant d’en voir un retour sur investissement (2 à 6 mois, voire plus). Durant cette période, la productivité du cabinet n’augmente pas alors que l’on commence à payer le salaire. Même pour un courte période, de nombreux cabinets ne peuvent se le permettre surtout ceux avec des chiffres d’affaires peu élevés. D’autre part, aucune garantie n’existe quant à l’efficacité de la personne recrutée. Il y a donc un risque initial de perte de revenus.

Nombreux sont les praticiens qui comprennent l’intérêt du travail avec assistante en terme de confort, mais imaginent plus difficilement le retour sur investissement sur le plan financier.

Les autres raisons

S’il est vrai que l’argument économique semble être le plus évident, je suis personnellement convaincu qu’il reste un prétexte facile pour refuser quelque chose qu’au fond de soi on n’a pas envie ou dont on considère que le prix à payer en terme d’effort et de risques est trop élevé. Développons les autres raisons qui expliquent ce peu d’engouement à recruter. L’intrusion d’une personne étrangère dans notre relation de tête à tête avec le patient.

On peut ainsi penser que la réaction du patient sera négative selon la personnalité de l’assistante. Le passage d’une relation duelle à une relation triangulaire nous change de notre environnement familier.

La peur du jugement de notre travail ou de notre personnalité de la part de l’assistante, tant la présence d’un regard extérieur peut être dérangeante.

De mauvaises expériences passées. Une, deux, trois ou quatre mauvaises expériences passées peuvent définitivement nous décourager dans notre désir de recruter. Et je dois bien reconnaître que la responsabilité est loin de toujours en incomber au praticien. Ajoutons que nos études initiales ne nous préparent pas aux techniques efficaces de recrutement.

La perte de contrôle et de maîtrise de son cabinet. En effet, même si tout se passe bien, la peur de la dépendance vis à vis de l’assistante peut être un frein. En cas d’absence de sa part, le cabinet peut se retrouver paralysé. C’est d’ailleurs, la raison pour laquelle je recommande de mettre en place une organisation construite sur des systèmes et non sur des personnes.

Le rapport de force avec une assistante à forte personnalité. Entre autres, il n’est pas rare de voir des assistantes qui ayant travaillé dans d’autres cabinets sont convaincues, en toute bonne foi, qu’il s’agit de la seule bonne façon de travailler. Elles tentent alors d’imposer cette façon de travailler dans le nouveau cabinet. On voit alors le leadership du praticien remis en cause et son autorité contestée.

La peur du chantage. Les cabinets dentaires sont des TPE. Il est vrai que lorsque tout se passe bien entre un praticien et son (ou ses) assistante(s), cela peut être un véritable épanouissement pour toutes les personnes, mais lorsque cela se passe mal, cela se passe généralement très mal. Et le niveau de stress est très élevé pour le praticien comme pour l’assistante.

Il est difficile pour chacun de s’ignorer comme c’est possible de le faire dans une grande entreprise. C’est pourquoi, dans notre profession, la séparation est généralement douloureuse lorsqu’un désaccord survient.

D’autre part, si l’on parle sans tabou, ce sentiment peut être aggravé en raison du système français dans lequel le chirurgien-dentiste peut se sentir coincé et être effrayé par le spectre d’un recours (de plus en plus fréquent) aux prud’hommes.

Au bout du compte, la raison peut-être la plus importante est liée à la résistance au changement. Toute remise en cause (et le recrutement d’une assistante en est une grande) fait peur : « je sais ce que j’ai, même si ce n’est pas idéal, mais j’ai peur d’avoir pire. »

En conclusion, je dirai en tant que chirurgiendentiste qui a connu ce type de situation, que je comprends les interrogations de mes confrères qui font le choix de rester seuls. L’énergie dépensée, le stress généré et les risques encourus sont autant de freins à un recrutement.

Cependant, le fait de les avoir identifiés nous permet d’aborder la situation avec plus de lucidité. D’autre part, l’évolution inexorable de notre profession nous impose un exercice en équipe. Autant ne pas attendre de se retrouver dos au mur. Point n’est besoin pour cela d’investir des sommes importantes.

En effet, quelques aptitudes, du bon sens, des règles de travail claires, une bonne connaissance des différentes fonctions de l’assistante et surtout de la patience sont tout à fait suffisantes pour vous permettre de trouver la perle rare avec qui vous pourrez former une équipe performante. Les bienfaits retirés vous permettront de réduire votre stress tout en accroissant votre efficacité.

Le recrutement d’une assistante pertinente est la voie royale pour travailler mieux et vivre plus. Ce challenge est certes difficile mais il peut être l’un des plus stimulants de votre carrière.

Ainsi, un jour sans doute, notre profession dépassera le taux de 50% de cabinets travaillant sans assistante.

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A propos de l'auteur

Dr. Edmond BINHAS

Fondateur du groupe Edmond Binhas
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