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Comprendre et pratiquer la micro-abrasion amélaire

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La micro-abrasion amélaire, proposée depuis des dizaines d’années par Théodore Croll, est souvent associée, à tort, à des traitements de corono-plastie, des traitements d’éclaircissement ou encore des traitements de restauration adhésive. Elle n’a rien de commun avec ces traitements et ne peut en aucun cas les remplacer ni devoir être remplacée par eux. Elle répond à un cahier des charges précis et se pratique selon un protocole parfaitement codifié. Elle ne doit pas être considérée comme une étape, ni comme une partie de traitement, et encore moins comme une variation graduelle sur l’échelle de l’invasivité. Ses indications sont définies avec exactitude et justesse, ce qui impose sa mise en place selon la même cohérence.

Sa méconnaissance a conduit parfois à entreprendre ou à proposer à sa place des traitements conventionnels invasifs, restaurateurs ou prothétiques. Elle trouve sa place, aux côtés des autres traitements esthétiques (éclaircissements, restaurations adhésives, etc.) et procure des résultats souvent surprenants, nous dispensant des traitements conventionnels généralement mutilants (Fig. 1 et 2). Cependant, dans certaines situations, lorsque plusieurs types de pathologies coexistent (dysplasie, dyschromies, fracture, anomalie de forme, etc.), elle peut faire partie d’une approche thérapeutique globale où chaque traitement répondra à son indication.

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Fig. 1 et 2 : dyschromies modérées liées à une fluorose. La micro-abrasion a permis de réduire considérablement l’aspect disgracieux des deux incisives centrales.

Définition et mode d’action La micro-abrasion amélaire est un traitement physique et chimique destiné à éliminer la partie la plus superficielle de l’émail dentaire. L’élimination chimique de l’émail est assurée par un acide relativement fort. L’acide chlorhydrique à 15 % fait unanimité car son action érosive est bien supérieure à celle de l’acide phosphorique, nettement moins efficace. L’action érosive est supplémentée par une action abrasive, assurée par des particules abrasives, généralement de l’oxyde d’alumine ou de l’oxyde de silicium, incorporées à l’acide. La pâte abrasive et érosive ainsi obtenue permet d’éliminer rapidement l’émail superficiel mais nécessite une action de frottement de ces surfaces. Sa simple mise en contact avec les structures amélaires ne suffit pas pour procurer l’effet escompté. On peut assimiler cette action à un “surfaçage amélaire” dont le résultat dépendra du temps d’application, de la pression exercée et bien sûr du type d’émail. En effet, plus le temps d’action et le nombre de séances sont élévés, plus l’effet est prononcé, sans aucun seuil de réponse.

De même, l’exercice d’une pression modérée est indispensable pour que l’action abrasive puisse optimiser l’action érosive. Enfin, la qualité de l’émail conditionnera la durée du traitement qui sera variable d’une pathologie à une autre.

La micro-abrasion amélaire ne doit pas être confondue avec l’air-abrasion qui est en réalité une projection de particules abrasives (abrasion par des particules et non pas par l’air !) sous forte pression d’air en vue de la réalisation d’une micro-cavité.

Indications

Au vu de cette définition, il devient clair que la micro-abrasion ne peut s’adresser qu’aux anomalies de surface de l’émail. On peut citer les anomalies héréditaires et acquises de structure et de couleur, mais également certaines anomalies acquises iatrogènes ou consécutives à des thérapeutiques odontologiques. Plus précisément, on peut mentionner certaines fluoroses, certaines amélogénèses imparfaites héréditaires, des formes légères de MIH (Hypominéralisation Incisive/Molaire), des séquelles des traumatismes des dents temporaires au niveau des dents permanentes, certaines dyschromies d’origine alimentaire ou enfin certaines dyschromies tabagiques rebelles ou récidivantes, liées à une mauvaise texture de l’émail.

Les contre-indications de ce traitement découlent de ses insuffisances. En effet, les lésions profondes sont mieux traitées par des moyens thérapeutiques conventionnels. Plus la lésion est profonde, plus le temps opératoire nécessaire à la micro-abrasion est long. De surcroît, le résultat est souvent insuffisant et insatisfaisant, dans ces situations. Lorsque les lésions plus profondes sont de faible étendue, la micro-abrasion, difficile à limiter aux seules zones pathologiques, entraîne une modification d’une grande partie de la surface vestibulaire. Cela risque d’effacer le relief vestibulaire (micro-géographie) de la face vestibulaire, souvent très riche chez le patient très jeune. Dans les cas les plus extrêmes, une telle démarche peut aboutir à un aspect très disgracieux qui peut conduire à la réalisation d’une facette ou la nécessité de rectification de la surface selon un protocole de polissage anatomique. Si la première est inacceptable, la seconde reste difficile à réaliser et aux résultats incertains. Les lésions parfaitement délimitées et de faible taille répondent davantage aux techniques de restauration directe en résine composite.

Protocole opératoire

La pâte de micro-abrasion (Opalustre – Ultradent/ Bisico) est introduite dans une cupule spécifique (OpalCup) qui permet l’action “abrosive” (néologie faite du mot “abrasion” et “érosion”) de la pâte. La cupule est en silicone et comporte en son centre un pinceau relativement rigide. Elle est utilisée sur un contre-angle basse vitesse conventionnel qui fonctionnera à une vitesse approximative de 500 tours/ minute. Une légère pression sur la cupule pendant sa rotation permet de contenir la pâte à l’intérieur de la cupule et de frotter les surfaces amélaires à l’aide du pinceau central de la cupule. Le cycle de rotation est de l’ordre de 10 secondes. Une dizaine de cycles est généralement réalisée par séance mais cela dépend, comme il a été évoqué précédemment, du type et de la sévérité des lésions et de la nature de l’émail (Fig. 3 et 4).

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Fig. 3 et 4 : pâte de micro-abrasion amélaire Opalustre avec sa cupule d’application OpalCup et leur utilisation clinique. 

L’observation visuelle après chaque cycle permet d’apprécier la progression du traitement. La pâte est éliminée au rinçage au spray après chaque cycle tout en aspirant à l’aide d’une aspiration de haute vélocité. Chaque cycle éliminerait entre 10 et 20 microns d’émail de consistance “normale”. L’émail pathologique est éliminé plus rapidement. Les résultats sont ainsi plus rapides à obtenir dans certaines formes d’amélogénèses imparfaites (notamment les AI hypomatures). En présence de dysplasies importantes, une micro-réduction à l’aide de fraises diamantées permet la régularisation des surfaces avant d’entreprendre la micro-abrasion. Cette action doit rester limitée sous peine de modifier considérablement la morphologie initiale de la face vestibulaire.

Il est à noter qu’il n’existe aucun instrument permettant de mesurer la profondeur des dysplasies/dyschromies de l’émail. Il est cependant recommandé de ne pas réaliser de traitement de micro-abrasion dans les cas sévères de MIH (taches sur la totalité de l’épaisseur de l’émail), ou pour le traitement des taches opaques à contours réguliers (généralement profonds). Les meilleures indications sont celles des taches diffuses, en nuages ou en flocons, d’intensité faible à modérée et d’étendue plus ou moins importante. Il n’est pas nécessaire de réaliser une anesthésie locale car l’action de la micro-abrasion reste limitée à l’émail superficiel, si l’indication est bien posée et le protocole bien conduit.

Traitements complémentaires et accessoires

Il a été proposé de réaliser une fluoration topique par application de gel fluoré ou de vernis fluoré. Cela ne semble pas indispensable dans tous les cas dans la mesure où une prescription de bain de bouche fluoré et d’un dentifrice hautement fluoré semble donner les mêmes bénéfices sans alourdir le protocole, ni de laisser des résidus à la surface de l’émail pouvant entraver les traitements futurs (poursuite du traitement, traitement d’éclaircissement). Un simple polissage avec des pâtes de polissage habituellement employées pour les résines composites suffit. La mise en place de la digue, bien que recommandée, n’est pas indispensable. Par contre, tous les moyens doivent être mis en oeuvre afin d’éviter le frottement de la gencive par la cupule de micro-abrasion. Certains auteurs ont préconisé l’emploi de digues photopolymérisables, habituellement employées lors des traitements d’éclaircissement au fauteuil.

Dans certaines situations cliniques, l’effacement de la micro-géographie peut contribuer à une diminution de la luminosité globale de la dent, ce qui pourrait indiquer la réalisation d’un traitement d’éclaircissement dans un second temps. Il est parfois nécessaire de recréer la micro-géographie de la surface vestibulaire, notamment chez le patient jeune où la texture de la dent est particulièrement riche. L’éventualité de la nécessité d’un traitement d’éclaircissement doit être évoquée dans la note d’information concernant le traitement envisagé.

En présence de dysplasies plus ou moins profondes à la surface de l’émail, il est recommandé de réaliser une micro-réduction initiale à la fraise diamantée de faible granulométrie afin de régulariser les surfaces avant la micro-abrasion. Une telle démarche accélère le traitement et optimise le résultat.

Dans de très rares cas où des pertes de substance sont présentes concomitamment aux dysplasies/dyschromies, on peut envisager de réaliser d’autres traitements indépendamment de la micro-abrasion. La globalité de la démarche esthétique prend alors tout son sens lorsque chaque pathologie est traitée selon le traitement adéquat. La micro-abrasion amélaire rentre ainsi dans un ensemble cohérent de thérapeutiques à visée esthétique où le respect du capital dentaire, pour ne pas parler de la non-invasivité, devient un objectif à part entière (Fig. 5, 6, 7 et 8).

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Fig. 5, 6, 7 et 8 : Dyschromie importante avec colorations blanches en nappe. Résultat après 2 séances de microabrasion amélaire.

Lectures conseillées

1. Croll TP. Enamel Microabrasion 1991 – Quintessence Publishing
2. Croll TP. Enamel Microabrasion : observations after 10 years J Am Dent Assoc. 1997 ; 04 : Suppl 45S-50S.
3. Chafaie A, Heyraud S. La micro-abrasion amélaire : aspects cliniques Clinic 2006 ; 27 : 25-32.
4. Croll TP, Helpin ML Enamel Microabrasion: A New Approach J Esthet Rest Dent 2007 ; 2 : 64-71

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A propos de l'auteur

Dr. Amir CHAFAIE

Maître de Conférences des Universités
Odontologie Pédiatrique
Université de la Méditerranée Faculté d’Odontologie de Marseille

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