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Proposition de prise en charge du sevrage tabagique au cabinet dentaire

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59% des Français ont consulté leur chirurgien dentiste ces douze derniers mois. Chacune de ces rencontres est l’occasion pour le praticien d’agir sur le tabagisme. Il y a en France 15 millions de fumeurs. Comment adapter notre pratique pour ces patients ?

Conséquences du tabagisme sur l’état de santé bucco-dentaire

Halitose, Colorations dentaires
Réduction de la réponse immunitaire aux infections par réduction du flux sanguin

  • Assèchement de la bouche et réduction du flux salivaire
  • Augmentation de la sévérité des maladies parodontales et diminution de l’efficacité des traitements
  • Retards de cicatrisation (alvéolites)
  • Augmentation des échecs et complications de toutes les chirurgies
  • Augmentation des complications et échecs implantaires (de Bruyn et coll.)
  • Augmentation de la prévalence des leucoplasies et cancers buccaux

Ainsi, le tabac augmente la survenue et la gravité des pathologies et réduit l’efficacité des traitements.

Impact du chirurgien dentiste

L’impact du chirurgien dentiste est considérable dans le sevrage tabagique. En effet, il bénéficie des effets cumulés de son titre de Docteur, de la confiance de sa patientèle, de la force de l’échange qui se produit dans le cadre du colloque singulier et de l’effet d’entrainement du projet thérapeutique. Le patient, alors concentré vers la résolution de ses problèmes bucco-dentaires, est dans les meilleures dispositions psychologiques pour écouter et entendre ce qu’il sait depuis longtemps nécessaire pour lui.

Les rendez-vous de première consultation et de présentation du plan de traitement sont ainsi des moments privilégiés pour aborder sérieusement la question du tabagisme, sans tabou, dogmatisme ou moralisme. La prise en charge défendue ici poursuit un triple objectif : sensibiliser, responsabiliser et agir dans l’intérêt du patient de manière rapide, simple et efficace.

Prise en charge

La première consultation est segmentée en trois phases : Anamnèse, Bilan et Synthèse.
Elle dure en moyenne 40 minutes.

Anamnèse : le praticien rencontre le patient et l’interroge : sur les motifs de consultation, sur les conséquences de ses problèmes dans sa vie professionnelle et personnelle, sur ses objectifs : « que souhaitez-vous? » et sur son état de santé général :

  • Avez-vous des problèmes de santé ? Si oui, lesquels ?
  • Prenez vous des médicaments ? Si oui, lesquels ?
  • Avez-vous des allergies ? Si oui, lesquelles ?
  • Fumez-vous ? Si oui, combien de cigarettes par jour et depuis quand ?

A ce stade, si le patient est fumeur, ne rien dire. En effet, le bilan bucco-dentaire n’étant pas encore fait, il est à ce moment impossible de corréler les problèmes du tabagisme aux pathologies existantes ou au traitement envisagé. Tout commentaire serait ici peu écouté par le patient, perçu comme général, automatisé, non adapté à sa situation particulière.

Bilan clinique et radiographique : le praticien effectue les examens classiques et décrit la situation : « présence de tartre, inflammation, alvéolyse etc… ».

tabac et sante bucco dentaireSynthèse : le praticien corrèle les éléments collectés en utilisant des termes simples : « Vous avez mauvaise haleine. Ceci s’explique par une infection des gencives que nous appelons Parodontite. Celle-ci est liée à la présence de bactéries et est aggravée par votre tabagisme. Si vous ne faites rien, vous risquez de perdre d’autres dents. Pour éviter cela et rendre notre traitement efficace, il va falloir optimiser le brossage et arrêter de fumer » Puis se taire.

En quelques phrases, et sans sortir de son rôle, le chirurgien dentiste répond ainsi à deux de ses trois objectifs : sensibiliser et responsabiliser le patient. Le tabagisme, au même titre que le contrôle de plaque, est décrit comme un élément préventif et thérapeutique essentiel sur lequel le patient peut agir pour solutionner ses problèmes.

Ensuite, plusieurs formes d’accompagnements sont possibles, séparément ou en association :

1/ Orienter le patient vers un autre professionnel s’occupant de sevrage tabagique. Cette délégation permet de libérer du temps et donne aux praticiens qui ne souhaitent pas s’occuper de cette addiction une solution pour leurs patients.

2/ Donner au patient les moyens de son sevrage :

Le Conseil Minimum : il s’agit de demander à tout patient fumeur s’il souhaite arrêter et, en cas de réponse positive, de lui proposer de lire le document brochure «Guide pratique j’arrête de fumer» disponible en ligne sur www.tabac-info-service.fr. Cette démarche peu chronophage appliquée seule aboutit à un peu plus d’arrêt de la consommation de tabac que l’absence de prise en charge (Odd Ratio de 1,23. Lancaster 2002).

Les Traitements par Substituts Nicotiniques (TSN) : la nicotine est la seule substance identifiée dans le tabac comme responsable de la dépendance. Vendus librement sous forme de timbres (patchs), bonbon, chewing gum, inhaleurs ou cigarette électronique, ces substituts sont sans effets nocifs notables sur la santé. Leur efficacité dans le sevrage tabagique est démontrée par une très abondante littérature (Stratégie thérapeutique d’aide au sevrage tabagique, HAS, 2007 ; Silagy et al., Cochrane Review, 2002 ; Hajek, Lancet 2013).
Il en ressort que l’effet sur l’abstinence tabagique est augmentée de 74% par l’usage de substituts nicotinique versus absence de prise en charge ou placebo. L’association de deux formes galéniques (timbre + gomme) augmente l’efficacité du sevrage. Selon Silagy, l’efficacité sur le sevrage par TSN est augmentée si celui-ci a été fait sur prescription par rapport à un achat sans prescription. Le principe de délivrance est l’auto-régulation du dosage de nicotine par le patient, comme il le fait quotidiennement avec ses cigarettes. La Sécurité Sociale rembourse 50€ par an, soit une boite de 28 patchs.

NICOTINE 21mg 28 Timbres (1 boite)
Appliquer un timbre sur la peau. Si l’envie de fumer persiste, appliquer un second timbre. Si des nausées, maux de tête ou troubles intestinaux apparaissent, couper le dernier timbre en deux.

NICOTINE 2 mg Bonbons à sucer
A prendre en cas d’envie de fumer.

L’accompagnement du praticien vient supporter cette prescription et se fait au cours des différentes séances de soins. Le sujet est discuté et les enjeux pour le patient sont systématiquement rappelés (meilleure cicatrisation etc..).

  • Médicaments :

La Varénécline (Champix®) est un antagoniste partiel des récepteurs nicotiniques. Efficace, sous forme d’un désintérêt pour la cigarette, cette molécule comporte des effets secondaires dont les patients doivent être informés (rêves bizarres, gastralgies etc…).

  • Autres méthodes :

La seule lecture du livre d’Allen Carr « La méthode simple pour en finir avec la cigarette » a provoqué un grand nombre de sevrages. Selon la situation, le praticien jugera en coopération avec le patient de la pertinence d’entamer certaines thérapeutiques (chirurgicales en particulier). Les éléments constitutifs du dossier médical apporteront la preuve que l’information et les moyens de prise en charge du tabagisme ont été donnés au patient en cas de litige.

Conclusions

Le chirurgien dentiste est un acteur privilégié dans l’accompagnement au sevrage tabagique des patients. Les moyens mis à sa disposition sont efficaces, simples d’utilisation, facilement disponibles et remboursés. Une fois intégré à la pratique, ce protocole produit des effets positifs à tous les niveaux, il crédibilise le dentiste dans son approche médicale du patient, augmente les chances de succès des thérapeutiques entreprises et prévient des complications chirurgicales. Au final, c’est souvent de ce succès dont le patient nous remercie le plus en fin de traitement, malgré les kilos en plus…

Résumé des points principaux :

  • Le chirurgien dentiste est un acteur majeur dans la lutte contre le tabagisme
  • La motivation des patients est incluse dans le besoin de soins bucco-dentaires
  • Les moyens de sevrage sont efficaces, en vente libre et remboursés
  • L’accompagnement au sevrage est indiqué chez tous les fumeurs réguliers
  • La rechute est un évènement qu’il ne faut pas dramatiser ni considérer comme un échec. Rien n’est définitif. Plus le nombre d’arrêt est élevé, plus les chances de réussite augmentent.
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A propos de l'auteur

Dr. Marc BERDOUGO

Docteur en Chirurgie Dentaire
Ancien Assistant Hospitalo-Universitaire
Ancien Interne des Hôpitaux de Lyon
Attaché Hospitalier (service de CMF du CHU Croix Rousse, Lyon)
Formateur Génération Implant
Exercice privé en Parodontologie et Implantologie, Lyon

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